L’humanisme : un chemin de valeurs vers la paix, un enjeu interculturel et d’éducation
Introduction
Garantir la Paix impose de fait que chaque Être Humain puisse s’accepter, se considérer et se respecter. Reconnaitre en l’autre la dimension de l’humain et la dimension humaine qui font de lui un être digne d’intérêt et de respect.
Se rencontrer et partager dans un rapport commun entre soi et l’autre, sur des valeurs humaines, que sont les miennes et les siennes.
L’interculturalité doit offrir un élargissement d’esprit et non conduire les individus vers des luttes de valeurs et/ou de revendications de légitimité voire d’existence. Si l’humanité ne doit son salut qu’en préservant la Paix, l’humanisme semble être le vecteur porteur de valeurs et de sens nécessaire à celui-ci. L’Interculturalité et la Non Violence n’en sont que la garantie.
En effet l’humanisme se définit comme une attitude philosophique, un mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité et de celle des autres.
Éléments de réflexion vers un possible d’interculturalité et une perspective de Paix.
Tout être naissant a besoin, pour un développement harmonieux, que certains de ses besoins soient satisfaits et le rôle des parents, de la famille, de la communauté et plus généralement de la société est de pouvoir se donner les moyens de mettre en place un environnement qui puisse satisfaire ses besoins selon un cadre de valeurs et de limites définies afin de veiller à son Bien-Être et le préparer à veiller à celui des autres en assurant le lien social, le dialogue nécessaires à l’interculturalité.
Celui qui se respecte et respecte autrui est celui qui a appris à vivre le respect, l’a expérimenté et s’en est convaincu.
Toutes sociétés, communautés, quelques soient leurs différences, ont néanmoins une clé de voute commune pour soutenir leur existence : transmettre à leurs générations futures des valeurs, des connaissances et des exigences sociales structurant les relations interindividuelles afin d’éviter l’implosion de celles-ci ou leur confrontation nourrie de violence.
L’éducation devient donc un vecteur par lequel ces générations peuvent emprunter le chemin qui mène vers un équilibre social, une paix sociale.
Tout enfant, pour son développement psycho-affectif, moteur et cérébral, a besoin de constantes inhérentes à son Bien-Être et ce quelle que soit son origine de naissance. Celles-ci sont au cœur de toute société ce qui assure à cette société sa genèse et sa pérennité.
Si l’on pose comme paradigme que : si chaque société et communauté puissent s’accorder sur ce point, il devient pensable que des pistes de travail conduisant vers un rapprochement, un respect mutuel sont alors réalisables.
L’interculturalité se donne ainsi un socle de communication commun permettant de s’interroger, se comprendre et partager ses valeurs. C’est ce partage de valeurs qui constitue et colore l’humanité.
Quelle constante transversale à toute société pourrait offrir un espace de compréhension commun ?
Chaque enfant peut se développer harmonieusement, si dans son environnement proche, sa prise en charge se fait en Bientraitance.
Considérons ainsi le schéma suivant :

La Bientraitance qui invoque la prise en charge de l’autre, le ‘’prendre soin de’’, se donne ainsi comme buts : le Bien-Être de cet Autre qui est l’enfant et tendre vers un équilibre de facteurs qui puissent garantir un État Général de Santé satisfaisant de cet enfant.
Il devient évident que la garantie d’une prise en charge en Bientraitance de l’enfant commence par l’analyse juste des besoins de l’enfant en fonction de son âge et de son développement et surtout de la satisfaction de ceux-ci. Toutes sociétés et communautés peuvent se donner les moyens d’assurer cette prise en charge quelles que soient leurs différences car le bon développement de l’enfant impose les mêmes exigences.
Ainsi, l’enfant sera disponible pour aller vers les autres, tenter le lien, le dialogue au lieu de choisir des stratégies d’évitement ou de confrontation (premier pas vers la violence).
Importance de la régularité dans la satisfaction des besoins de l’enfant et dangers des dérives éducatives :
Le paradigme de la situation étrange
Pour Bowlby, psychologue anglais père de la théorie de l’attachement, l’instinct qui conduit un bébé à rechercher sa mère n’est pas celui de l’alimentation, mais bien plutôt un instinct de protection satisfaisant un besoin de sécurité à travers la relation à autrui, et notamment sa figure d’attachement (le plus souvent sa mère ou son substitut). Situation observable dans toute société.
Être attentif aux besoins d’un enfant conduit à faire de lui un enfant rassuré qui prend, en fonction de son développement, la prise de conscience de lui, de l’autre. Ceci aura comme résultat entre autres, dans les années qui suivent, l’acceptation de l’autre perçu alors, non comme danger, mais digne d’intérêt.
L’émergence d’une classification des types d’attachement
La principale caractéristique qui différencie un attachement sécure d’un attachement insécure est liée au fait que, dans le premier cas, le parent (ou le professionnel éducatif par exemple) répond adéquatement aux signaux et aux besoins de l’enfant et ce dernier n’a pas d’effort particulier à faire pour être entendu et devient l’objet d’attention, d’affection : type sécure.
Ce schéma sécure se maintient au long des années et est associé à une certaine flexibilité attentionnelle et cognitive alternant les points de vue et les centres d’intérêt, sans se mettre sur la défensive systématiquement en cas de contradiction. L’interculturalité devient, de fait, l’éventualité d’un apport de richesses et ce type de sujets, sont dans l’évitement des comportements de violence voire s’interrogent sur les moyens et les possibles permettant de maintenir le partage et éviter la division.
Dans le second cas, la réponse est soit inadaptée, soit incohérente, ce qui conduit l’enfant à devoir mettre en place des stratégies particulières d’adaptation soit de type évitant, soit de type anxieux : type insécure.
Les parents ou professionnels évitants découragent les tentatives de rapprochement de leur enfant et les parents anxieux découragent les tentatives d’exploration. Ainsi en grandissant, cet enfant pourrait se mettre en retrait face à la diversité, s’inquiéter s’il est confronté à des situations de mixité sociale et culturelle.
Une quatrième catégorie a été ajouté par Mary Main, autre chercheuse en psychologie : l’attachement désorienté/ désorganisé. L’enfant à l’attachement insécure désorganisé/ désorienté a un comportement chaotique et instable. L’enfant perd le lien avec ses émotions et sa vie affective. Les spécialistes de l’attachement parlent de “une peur sans solution”. Ces enfants développent parfois un syndrome d’opposition avec ou pas provocation. Ces derniers prennent souvent le chemin de la délinquance et donc de la violence.
Des répercussions à l’âge adulte
Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité, de façon à pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais demeure une constante dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, curiosité relationnelle et absence de crainte face à la nouveauté ou à l’inconnu. Ainsi l’interculturalité devient source de curiosité et de rapprochement.
Une représentation du monde et des autres, négative
Quand les parents et le système éducatif ne fournissent pas aux enfants une base sécure vers laquelle se replier à tout moment, en rejetant leurs comportements de rapprochement, en se moquant d’eux, en ne leur prêtant aucune attention ou simplement en n’étant pas présents ni disponibles, les enfants sont limités dans leurs explorations qui s’avèrent bien trop dangereuses dans ces conditions. L’interculturalité représente un danger potentiel et on assite plus à des situations de confrontations que de rapprochements.
De l’agressivité à la violence en trois points :
L’agressivité étant un comportement naturel de protection et de recherche de contact : du latin ‘’ad-gressere’ signifiant aller vers, rechercher le contact. Elle anime tout individu et ce, tout au long de sa vie. L’éducation qu’il reçoit lui permet d’apprendre à l’inhiber, la gérer.
Savoir gérer ses frustrations cela s’expérimente et de fait s’apprend. Un individu qui trouve sa place en société est celui à qui ont a permis de trouver un équilibre entre ses états de satisfaction et de frustration.
La violence issue de ‘’violare’’ a pour sens : agir de force sur quelqu’un ou quelque chose et ‘’violentus’’ comme abus de force. Le sujet social peut donc en fonction de son existence et son existant soit : aller vers ou agir de force.
Différencier l’agressivité de la violence demande de préciser les trois points suivants :
• La notion de cadre : autant l’agressivité se contient dans un cadre défini alors que la violence existe en dehors du cadre. Poser un cadre bienveillant dès l’enfance avec régularité conduit le sujet à respecter la notion de limites et donc de cadre. Il apprend ainsi à gérer ses frustrations et s’autoréguler afin de contenir son impulsivité naturelle et ses comportements d’agressivité au profit d’un développement de relations sociales constructives.
Nombreux parents actuellement, du moins dans la société française, ‘’confient’’ l’éducation de leur enfant et en particulier l’intégration de la notion de cadre à l’Éducation Nationale. Or, ce n’est pas sa fonction, elle doit rester le lieu de l’apprentissage dans la prolongation d’une éducation parentale, familiale, communautaire, basée sur des valeurs communes.
Certaines auxiliaires de puériculture ou ATSEM témoignent du discours de parents comptant sur ces professionnelles d’apprendre à leur enfant la notion de respect et de cadre.
Un enfant qui n’intègre pas la notion de cadre et de limites, ne sera aucunement frustré de les franchir et de fait peut se montrer violent.
• La représentation que se fait le sujet de l’autre
o Dans l’agressivité, il y a conscience de l’existence de l’autre et l’éducation permet la rencontre avec cet autre. Un enfant sécure s’inscrit généralement dans ce type de relation.
o Dans la violence, il y a une rupture de la relation, le sujet considère l’autre comme un autre ‘’objet’’ parfois à détruire : l’enfant qui est témoin de comportements violents récurrents, lorsque l’on favorise l’émergence des comportements agressifs chez l’enfant (l’imitation chez l’enfant est essentielle pour son développement, expliqué en particulier par la présence des neurones miroirs), la vision d’images ou de vidéos violentes… Il devient naturel pour lui de les privilégier, ne tolérant pas la frustration et peut, de fait, basculer dans la violence. L’enfant insécure peut considérer l’autre sans intérêt et donc lors de situations de conflit, basculer dans la violence. Les enfants insécures s’orientent plus facilement vers ce type de relations.
• Selon la construction psychique du Moi
o Un sujet structuré dans la ‘’toute puissance’’ se permettra la sortie du cadre et considèrera les autres comme objets dans certaines situations le conduisant à devenir violent raisonnant ainsi : « si je veux, je fais, que l’autre soit d’accord ou non ».
o Un sujet emprisonné dans ses inhibitions construit dans l’impuissance, étant en lutte permanente avec lui-même, pourrait dans certaines situations, sortir du cadre et considérer l’autre comme un objet adoptant ainsi un comportement violent. La motivation de l’acte violent est moins d’obtenir quelque chose que d’exprimer son dépit, son impuissance, voire sa rage.
Notion de cadre

Le lien et relier deviennent le moyen et l’action d’assurer une interculturalité
L’interculturalité ne devient réalisable que si le lien est possible et donc l’action de relier devient centrale afin d’éviter les situations de violence.
Edgar MORIN dans ‘’Introduction à la pensée complexe’’ offre des pistes de réflexions intéressantes à ce sujet : le mot clé de la complexité, le verbe qui résume tout est relier. Étymologiquement, complexité renvoie au terme latin complexus qui signifie ‘’ce qui est tissé ensemble’’. Dès lors, pour ‘’penser complexe’’, il faut s'astreindre à un travail de tisserand.
Un tel travail de ‘’reliance’’ implique un double mouvement. Le premier est physique : il faut sortir de ses silos, se déplacer vers l'Autre, aller voir ailleurs. Le second mouvement est psychologique : il s'agit de faire preuve d'empathie, de compassion pour entrer dans le monde de l'Autre, le comprendre et parvenir à multiplier les points de vue. Ainsi, relier nécessite de se relier. Une fois de plus l’interculturalité impose cette ‘’reliance’’. Les enfants sécures ont les capacités de ‘’reliance’’.
La séparation ne fait qu’engendrer la peur et conduire vers la violence. Cela se constate avec l’installation du mur en Cisjordanie qui sépare, éloigne deux civilisations communautaires au lieu de créer du dialogue et viser un rapprochement tel que le présentait Nelson MENDELA « Si tu veux éviter le conflit avec ton ennemi, dialogue, partage et devenez partenaires ».
Or, que faire de ce principe face aux paradoxes, face à ce qui semble contradictoire et irréconciliable ? Que faire face aux contradictions objectives qui complexifient les différentes cultures ?
Pour Edgar MORIN, il faut considérer les complémentarités mais sans chercher à effacer les contradictions. Ainsi, il faut adopter une double logique (d'où dialogique) : penser donc simultanément les contradictions et les complémentarités offre une visée optimiste d’interculturalité.
Cependant, est-ce l'individu qui fait la société ou la société qui fait l'individu ? Reformulons la question en termes complexes : comment relier l'individu à la société ? Pour y répondre, Edgar MORIN propose le principe ‘’hologrammatique’’.
Dans un hologramme physique, chaque point de l'image comporte la totalité de l'image. Ainsi, le Tout (l'image globale) est dans chaque partie et les parties sont dans le Tout. La société est donc dans chaque individu par le langage, la culture... Et, de fait, chaque individu constitue la société.
Donc, si au cours de son développement, telle la présentation argumentée en amont, on offre à l’enfant la possibilité d’intégrer les valeurs sociales, de se construire en fonction d’elles, dans un cadre affectif et rassurant, qui invite à la découverte de l’autre, la société devrait se développer plus harmonieusement et moins dans la fracture et l’exclusion, se nourrissant de l’interculturalité. Et de fait, cette société du dialogue, de l’interculturalité inviterait tout acteur de parentalité à privilégier ce type d’éducation sécure.
Pistes de travail et exemples
Si un sujet a pu se développer de manière sécure, avec de l’affection, des valeurs, un cadre sécurisant, peut tout à fait partager sa culture, s’enrichir de celle des autres et donc s’enrichir. L’interculturalité n’est plus une limite ou un frein mais une ouverture de soi vers l’autre.
Exemple :
Dans le XVI ème à Paris, se pose dans certaines crèches et écoles primaires deux problèmes :
• Une différence socio-culturelle
• Des tensions raciales
Lors de la rentrée 2018 a été proposé aux parents une journée de sensibilisation à la parentalité. Une vingtaine de parents s’y sont inscrits. La matinée fut consacrée à l’exposé de ce dont il fut question en amont sur les besoins de l’enfant et de l’importance du cadre dans l’éducation étayés d’arguments scientifiquement prouvés et d’exemples concrets. De plus, leur ont été présentées quelles peuvent être les conséquences lors de certaines carences affectives par exemple, sur le vécu de l’adolescence et de la vie adulte.
L’après-midi un espace d’expression libre permettait d’échanger autour de l’éducation de l’enfant, le résultat fut que des liens évidents se sont tissés. Les différences se sont orientées vers une complémentarité, par un intérêt commun : le bien-être de l’enfant dans une réflexion commune. Certains se sont même interrogés sur l’intérêt de tel rite culturel ou la manière de communiquer avec l’enfant et autres intérêts.
Par la suite, un jardin partagé fut aménagé et les auteurs de cette initiative sont témoins d’un réel mixage social et culturel durable.
En conclusion :
Replacer la parentalité et plus généralement l’éducation au centre des impératifs sociaux devient une des garanties d’orienter une société vers le partage et la complémentarité culturels évitant ainsi les situations de violence actuellement trop souvent observables.
St Exupéry affirme dans ‘’Le Petit Prince’’ que « l’essentiel est invisible pour les yeux ; on ne voit bien qu’avec le cœur ». Si on sensibilise tout acteur porteur de parentalité, à se centrer sur le bien-être de l’enfant, de celui qui deviendra auteur et acteur d’une société donnée, c’est lui permettre de voir l’autre avec respect, intérêt et pourquoi pas amour, quelles que soit son origine, sa culture. Ainsi plus qu’une interculturalité, on peut envisager une transculturalité : au-delà des cultures, on accède ainsi à une plus-value interculturelle.
l’ONU, organisation internationale rassemblant 193 États membres, apparaît comme l’instance légitime, car elle est universelle et multilatérale et ainsi peut porter un message partagé par les Nations et impliquer les États membres vers une réflexion transversale sur l’Interculturalité et la Non Violence.
L’Observatoire International-Communes des Nations Pour la Paix qui œuvre pour le Développement en Commun des Communes est particulièrement sensibilisé sur ces deux axes de réflexions qu’il place au centre de ses intérêts dans divers projets.